Les enfants, baromètres des émotions parentales
Votre enfant pleure, tape du pied, refuse d’aller au lit ou rechigne à faire des choses qui d’habitude ne posent pas problème ? Bien sûr vous êtes désemparé, car en apparence tout semble aller bien et ces comportements sont source de tension à la maison… La réponse va peut-être vous surprendre : bien souvent, l’unique raison de ces comportements est votre état émotionnel à vous, parents. Votre enfant ressent mieux que quiconque votre stress, vos peurs ou votre tristesse. Mais attention, loin de moi l’idée de vous culpabiliser : ce mécanisme est naturel. Aujourd’hui, je vous explique pourquoi il réagit en miroir et vous donne les clés d’un climat familial apaisé !
L’enfant, le plus précis des thermomètres !
Aux premières semaines de sa vie, le système nerveux du bébé est immature. Il est un petit être profondément instinctif qui ne vit et n’évolue que grâce au lien d’attachement qu’il tisse avec ses parents. Il dépend d’eux pour sa sécurité et pour comprendre le monde qui l’entoure. Dans cet environnement familial qui façonne son bien-être par ses rassurantes habitudes, il est bercé par leurs voix et par leurs gestes, le tout au rythme de leur respiration… Autant dire qu’il connaît ses parents mieux que personne !
Cet enfant qui décode le langage du corps bien avant de comprendre les mots, est une véritable éponge, capable de sentir la moindre tension, la moindre expression ou le moindre geste qui sonne faux. Cette information est invisible pour nous, mais bien réelle pour lui.
Dès lors que son parent exprime, même bien involontairement, du stress, de la peur, de l’inquiétude, de la tristesse ou même simplement une agitation qui n’est pas ordinaire, le bébé ressent que quelque chose ne va pas et il le manifeste à son tour, souvent bruyamment.
Cette sensibilité de l’enfant à l’état interne de ses parents est un phénomène qui n’a rien de paranormal : c’est un processus naturel de co-régulation.
L’absence de filtre cognitif est normale : le cerveau infantile est en construction et en apprentissage jusqu’à environ 7 ans, notamment les zones liées à la gestion émotionnelle et à la prise de recul. Le jeune enfant peut ressentir intensément les choses, sans pour autant savoir si cela lui appartient ou non et surtout, sans pouvoir les verbaliser ni se contrôler.
Il absorbe le monde émotionnel de ses parents et le vit comme le sien. Dès lors, un trouble intense, même silencieux, génère de l’anxiété, de l’excitation ou de la colère…
La transmission émotionnelle à la loupe
Cette hypersensibilité est un instinct de survie primitif, ancré dans les gènes. Un ton de voix anormal ou un air préoccupé sont des signaux de danger potentiel pour le tout-petit.
Les scientifiques expliquent ce mécanisme par les neurones miroirs. Ceux-ci sont responsables de la manière dont l’enfant capte les émotions. Ils s’activent dès que l’une d’entre elles pointe le bout de son nez chez le parent. S’il observe quelqu’un sourire, il va sourire, mais un stress ou une colère va se communiquer aussi vite et tout aussi inconsciemment. Il réagit parfois même bien avant que le parent ne remarque son état !
Cette propagation des émotions conditionne l’apprentissage personnel de l’enfant.
Sans oublier que le corps parle aussi, c’est d’ailleurs 93 % de la communication. Cette dimension non verbale, chacun en a une lecture personnelle, mais si les mots et les messages du corps ne sont pas cohérents, ce sont les signaux corporels qui ont… le dernier mot !
Revenons à nos bambins : un parent tendu, c’est un enfant qui s’active intérieurement en parfait miroir. Il exprime ainsi son besoin d’être rassuré avec les moyens à sa disposition : une difficulté d’endormissement, des pleurs, une quête incessante de câlins… Et si la joie est au menu, il participe aussi à sa manière, en étant excité, en criant…
Il est possible de dire :
● agitation = parent stressé
● refus, opposition = parent fatigué
● pleurs, angoisse de séparation = parent inquiet ou triste
Les somatisations du type “j’ai mal au ventre” ou “j’arrive pas à dormir” sont bien souvent la traduction des soucis que l’on tente de lui cacher.
Pour apaiser l’atmosphère et surtout l’enfant, le parent doit comprendre comment il peut gérer ses émotions. Lorsque le parent se calme, l’enfant se calme.
Parents : ce n’est ni votre faute ni une fatalité !
Il convient de ne pas culpabiliser, l’enfant ne réagit pas contre vous, mais avec vous. Tous les parents influencent leurs enfants puisque cela se joue dans l’inconscient.
Vous le savez tous, le parent parfait n’existe pas, chacun fait du mieux qu’il peut. Ce qu’exprime votre enfant à travers ses comportements ne signifie pas que vous êtes un mauvais parent, vous êtes juste humain.
Ce qui est essentiel pour votre enfant, c’est l’amour que vous lui donnez. L’ambiance peut varier lors de périodes difficiles et c’est OK.
Si vous savez revenir auprès de votre enfant après un débordement et le lui expliquer calmement, cela lui apporte la réparation dont il a besoin.
Néanmoins, il est essentiel de bien comprendre le système émotionnel pour mieux canaliser et exprimer votre état intérieur, vous apaiser et par la même occasion, apaiser votre enfant.
C’est quoi, une émotion ?
Ce n’est ni plus ni moins qu’une messagère. Elle vous alerte, vous protège et vous guide vers vos besoins et met votre organisme en action, généralement via des hormones.
Ce processus psycho corporel est une réponse à un stimulus interne ou externe.
Les 6 émotions de base sont : la peur, la colère, la surprise, la joie, le dégoût et la tristesse, mais il existe des centaines de nuances ou de combinaisons. Savoir accueillir et comprendre les siennes, mais aussi celles des autres, est une aptitude que l’on appelle l’intelligence émotionnelle.
Les 5 points de cette compétence sont :
1. savoir identifier et nommer l’émotion présente,
2. comprendre le besoin exprimé à travers elle,
3. apprendre à la réguler pour en atténuer la force,
4. savoir exprimer son besoin avec une communication non violente,
5. utiliser toutes ses émotions comme guides pour avancer dans la vie.
Rappelez-vous qu’elles ne doivent pas être refoulées, mais comprises et extériorisées pour pouvoir lâcher-prise et revenir à la paix intérieure. Quitte à s’isoler quelques minutes pour ouvrir les soupapes et descendre en pression.
Les bénéfices de la mission “gestion des émotions”
Leur bonne compréhension est la clé qui transforme non seulement le parent, mais aussi l’enfant et par ricochet, toute la systémie familiale.
Lorsque l’adulte parvient à se gérer, il envoie un message sécurisant et stable à l’enfant.
Par ailleurs, comme celui-ci apprend beaucoup par mimétisme, il s’approprie cette compétence qui lui permettra d’éviter de nombreuses difficultés, notamment relationnelles, au cours de sa vie. Un cercle vertueux s’enclenche, sous la forme de l’équation suivante : parent calme = enfant calme = maison calme.
L’accompagnement comme antidote
Il est des situations où la résolution du problème n’est pas si simple qu’elle n’y paraît. Bien souvent, les problèmes sont tus pour préserver l’enfant, mais le non-dit est encore plus angoissant pour lui qu’une explication en termes simples. Il peut comprendre bien des choses pour peu que les mots soient adaptés à son âge : cela évite que son imaginaire ne s’emballe sur la base d’idées fausses.
La sincérité et la clarté lui apportent la sécurité dont il a besoin.
Toutefois, le parent peut avoir une vraie difficulté à trouver l’équilibre du fait :
● de son histoire personnelle,
● de certaines épreuves comme un deuil, un divorce, des soucis financiers, une maladie…
Dans ce cas, il est utile de se faire accompagner par un professionnel. S’autoriser à déposer ses blessures est un acte d’amour envers soi, et au sens plus large envers ses proches.
L’équilibre émotionnel n’est pas un concept, c’est la clé de voûte de vos relations. Votre bien-être est le plus beau cadeau que vous puissiez faire à votre enfant, car vous lui offrez un univers sécurisant et un modèle à suivre.
Vos émotions sont des pépites et votre enfant, une boussole. Écoutez-les !